La Rainette ibérique Hyla molleri. Les infos sur la nouvelle espèce !

Hyla molleri

Rainette ibérique, mâle chanteur

La Rainette ibérique a été récemment élevée au rang d’espèce. Voilà donc une nouvelle espèce pour l’herpétofaune de France. Pour beaucoup, cette espèce reste toutefois bien énigmatique. Voici un petit article qui vient faire une synthèse des dernières avancées sur l’espèce. Il reprend largement les infos des derniers papiers sur le sujet, que vous trouverez en référence en bas du sujet.

Elévation au rang d’espèce d’Hyla molleri : l’apport de la génétique

Depuis le listing des différentes sous-espèces de Rainette verte de Mertens & Wermuth (1960), nombreuses sont celles qui ont déjà été élevées au rang d’espèces, dont les plus connues sont probablement Hyla meridionalis (anciennement Hyla arborea meridionalis) et Hyla sarda (anciennement Hyla arborea sarda). La sous-espèce Hyla arborea molleri a été initialement décrite par Bedriaga en 1889. D’après Barbadillo (1987), la répartition de H. a. molleri se résume alors à la partie nord-ouest de l’Espagne et du Portugal. La validité de cette sous-espèce s’est vue elle-même longtemps remise en cause : Boulenger (1898) n’observe pas de différences morphologiques significatives et Schneider (1974) ne signale pas de différences au niveau du chant.

Hyla meridionalis

Rainette méridionale, mâle chanteur

Hyla03

Amplexus d’Hyla molleri

En 2008, Stöck et al. proposent pourtant l’élévation au rang d’espèces de plusieurs taxons européens, dont Hyla molleri, qui présente des divergences génétiques nettes avec Hyla arborea. En 2011, Barth et al. réalisent une étude génétique sur le territoire espagnol qui confirme le nouveau statut de Hyla molleri : homogénéité génétique entre individus, et forte différences avec les Hyla arborea d’Europe centrale.

En France, l’analyse les cartes de l’Atlas régional d’Aquitaine (Berroneau 2014) amène à une hypothèse forte rapidement confirmée par Stöck et al. (2012) : les Rainettes vertes du massif landais et des Pyrénées-Atlantiques se rapportent à Hyla molleri, tandis que celles de Dordogne – en lien avec les autres populations françaises de Rainettes vertes – correspondent à Hyla arborea.

Hyla molleri

Rainette ibérique, forme grise

Hyla arborea

Femelle de Rainette verte

Différences morphologiques. La Rainette ibérique, une morphologie de Rainette méridionale ?

D’après Bedriaga (1889), les critères de détermination entre molleri et arborea sont les suivants : longueur des pattes postérieures plus importantes chez molleri, bande noire et virgule très marquée (qui semble toujours bordée d’un large liseré doré), et sac vocal plus grand : « pied, mesuré depuis le tubercule métatarsien jusqu’à l’extrémité du quatrième orteil, un peu plus long que le tibia ; tibia un peu plus long que le fémur. Museau assez long, subacuminé*, légèrement incliné de haut en bas. Sac vocal plus grand que chez la forme typique et plissé dans le sens longitudinal. Bande foncé, très large, bordée par un trait blanchâtre sur les flancs, formant une boucle dirigée en avant et en haut au-dessus de l’aine. La tache tympanale, la bande frénale* et les bandes foncées sur les membres sont distinctement et largement bordés de clair. Les côtés de la gorge et le sac vocal lavés de gris brunâtre. Le bord de la lèvre supérieure est jaunâtre ou blanchâtre ».

Toujours selon Begriaga (1890), la morphologie de molleri est relativement proche de la Rainette méridionale, la bande noire et la virgule en plus.

Hyla molleri

Rainette ibérique

Différences morphologiques… et sur le terrain ?

Sur le terrain, difficile d’appréhender les différents critères. Toutefois, celui de « la bande noire et de la virgule marquée » semble bien fonctionner. Comparativement aux rainettes vertes, les rainettes ibériques montrent systématiquement une virgule de taille démesurée, souvent accompagnée d’un liseré blanc ou doré très important. Par ailleurs, les rainettes ibériques nous semblent significativement plus grandes que les rainettes vertes (de taille similaire à la Rainette méridionale). Attention, nous parlons ici sur la base de notre expérience, qui correspond à l’observation d’individus de Rainette ibérique d’Espagne et de France d’une part, et d’individus de Rainette verte de Dordogne et de Bretagne d’autre part.

Hyla arborea

Femelle de Rainette verte, la virgule reste peu visible

Hyla molleri

Femelle de Rainette ibérique, bandeau noir et virgule de grande taille

La détermination sur la base de critères morphologiques semble aujourd’hui bien difficile. Mais rappelons, par exemple, à quel point la distinction entre Grenouille agile et Grenouille rousse ou pire entre Lézard des murailles et du Lézard catalan est longtemps restée problématique !

Et le chant ?

Reste la question de la différence de chant. Comme signalé ci-dessus, Schneider (1974) ne signale pas de différences au niveau du chant. C’est, à notre connaissance, la seule étude qui a été réalisée sur le sujet, et celle-ci commence à dater. Il convient donc urgemment de se pencher à nouveau sur cet aspect.

Hyla molleri

Rainette ibérique, mâle chanteur

Le plus simple : la répartition !

Le plus simple pour savoir quelle espèce nous avons en face de l’objectif reste… la répartition évidemment ! A l’heure actuelle, la Rainette ibérique n’est connue que de la région Aquitaine (même si quelques populations subsistent peut-être encore plus à l’est, en Hautes-Pyrénées notamment… spéciale dédicace !) où elle ne franchit pas le nord de la Garonne et où elle est strictement cantonnée à des systèmes de landes humides et de lagunes caractéristiques du massif landais.

Répartition de la Rainette ibérique Hyla molleri

Cartes de répartition des trois espèces en Aquitaine – adaptées de l’Atlas régional (Berroneau 2014)

Habitat de la rainette ibérique

Lande humide et lagune : l’habitat typique d’Hyla molleri

 

Plus d’infos ? Voici un peu de lecture sur le sujet, dont cet article c’est largement inspiré.

Barbadillo L. J. 1987 – La guía INCAFO de los anfibios y reptiles de la Península Ibérica, Islas Baleares y Canarias. Madrid: Ed. INCAFO.

Barbadillo L. J. & Lapeña M. 2003 – Hibridación natural de Hyla arborea (Linnaeus, 1758) e Hyla meridionalis (Boettger, 1874) en la Península Ibérica. Munibe (Suplemento) 16: 140-145.

Barth A., Galán P., Donaire D., González de la Vega J. P., Pabijan M. & Vences M. 2011 – Mitochondrial uniformity in populations of the treefrog Hyla molleri across the Iberian Peninsula. Amphibia-Reptilia, 32: 557-564.

Bedriaga J. 1889 – Amphibiens et Reptiles recueillis en Portugal par M. Adolphe F. Moller. O Instituto, 36: 564-572 + 693-702 + 759-765.

Bedriaga J. 1890 – Die Lurchfauna Europas. I. Anura. Froschlurche. Bull. Soc. Imp. Natural. Moscou. N.S. 3: 466-622.

Berroneau M. 2010 – Guide des Amphibiens et Reptiles d’Aquitaine. Association Cistude Nature. 180 p.

Berroneau M. 2012 [2013] – Mise à jour de la faune herpétologique du Lot-et-Garonne (47). Bull. Soc. Herp. France, 144 : 23-32.

Berroneau M. 2014 – Atlas des Amphibiens et Reptiles d’Aquitaine. Edition C. Nature. 180 p.

Berroneau M. 2015 – Hyla molleri Bedriaga, 1889, une nouvelle espèce pour l’herpétofaune française : une mise au point sur la situation du genre Hyla en Aquitaine. Bull. Soc. Herp. France, 153 : 29-38.

Boulenger G.A. 1898 – The Tailles Batrachians of Europe, Part II. Ray Society, London.

Dufresnes C., Wassef J., Ghali K., Brelsford A., Stöck M., Lymberakis P., Crnobrnja-Isailovic J. & Perrin N. 2013 – Conservation phylogeography: does historical diversity contribute to regional vulnerability in European tree frogs (Hyla arborea)? Molecular Ecology. doi: 10.1111/mec.12513.

Gosá A. & Bergerandi A. 1994 – Atlas de distribución de los Anfibios y Reptiles de Navarra. Munibe, 46: 109-189.

Mertens R. & Wermuth H. 1960 – Die Amphibien und Reptilien Europas. Frankfurt/M.: Verlag Waldemar Kramer.

Oliveira M. E., Paillette M., Rosa H. D., Crespo E. G. 1991 – A natural hybrid between Hyla arborea and Hyla meridionalis detected by mating calls. Amphibia-Reptilia, 12(1): 15-20.

Pires Ceríaco L. M. & Pimentel Marques M. 2012 – A brief correction to the recently erected nominal taxon Hyla molleri Bedriaga, 1890, with some historical remarks. Alytes, 28(3-4): 168-171.

Schneider H. 1974 – Structure of the mating calls and relationships of the European tree frogs (Hylidae, anura). Oecologia, 14: 99-110.

Stöck M., Dubey S., Klütsch C., Litvinchuk S., Scheidt U., Perrin N. 2008 – Mitochondrial and nuclear phylogeny of circum-Mediterranean tree frogs from the Hyla arborea group. Mol. Phylogenet. Evol., 49: 1019-1024.

Stöck M., Dufresnes C., Litvinchuk S., Lymberakis P., Biollay S., Berroneau M., Borzée A., Ghali K., Ogielska M. & Perrin N. 2012 – Cryptic diversity among Western Palearctic tree frogs: Postglacial range expansion, range limits, and secondary contacts of three European tree frog lineages (Hyla arborea group). Mol. Phylogenet. Evol., http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1055790312001807

Hyla12

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