Histoires de lâchers de vipères : Une légende française contemporaine

Par, Véronique Campion-Vincent, CNRS, 1990

Non, Fernand Roques n’a pas vu le parachute. C’est lui qui conduisait la moissonneuse. (…) il a très bien compris que Christian Mallaurie regardait quelque chose dans le ciel. C’était midi.
Christian Mallaurie a bien vu que Thierry Dumas voyait aussi. (…) Ça n’a pas d’importance, car de tous ceux qui ont vu, c’est Thierry qui a le mieux vu. Il a tellement bien vu qu il a tout raconté à la radio :
L’ avion a tourné pendant vingt minutes, et puis tout à coup j’ai vu un truc suspendu en l’air, une espèce de dirigeable noir en forme de chaussette. Ça faisait bien plus d’un mètre et ça descendait doucement sur le Causse. Il devait y avoir une sorte de caissette suspendue dessous. A dix mètres du sol, il y a eu une explosion. Je ne peux pas vous dire le genre de bruit que ça faisait, ma mobylette tournait et je n’ai rien entendu. Ça doit être un système pour libérer les vipères de la boîte.
Vipères, le mot a été lâché incidemment, au détour d’une phrase comme une évidente supposition. Bien sûr, ce jour-là, Thierry n’a pas vu les vipères et ce n’est pas le genre de garçon à dire qu’il a vu ce qu’il n’a pas vu. Mais dans les villages de la zone d’écoute de Sud-Radio personne n’a bronché, tout le monde sait que des écologistes louent des avions pour lâcher des vipéreaux sur la campagne française.

(Libération, 11 août 1981)

I Schéma et évolution de l’histoire

L’histoire a commencé vers 1976, a atteint la presse nationale en 1981 et est restée très active jusqu’en 1985. Elle court encore en 1988, mais a changé. Ses principaux motifs demeurent stables : affirmation d’une pullulation de vipères, interprétée comme un indicateur de lâchers intentionnels ; vision d’avions/hélicoptères lâchant les animaux; découverte d’emballages (boîtes, caisses, sacs, parachutes) servant de preuves ; ces nouvelles vipères sont différentes des spécimens courants dans la région : couleur (rouge ou marron), taille (supérieure ou inférieure), comportement (plus féroce), ceci étant un motif supplémentaire mineur.
Les raisons de ces lâchers varient selon la catégorie accusée. Sont d’abord visés les laboratoires pharmaceutiques qui réintroduisent des vipères parce qu’ils veulent avoir abondance de « matière première », dont ils ont besoin pour préparer le sérum guérissant les morsures de serpents. De plus, s’il y a beaucoup de vipères ils vendront davantage de sérum. Ensuite, les écologistes — et les officiels liés au Ministère de l’Environnement et aux parcs naturels, perçus comme partageant les théories des écologistes sur la nature — qui agissent pour la préservation d’un équilibre naturel. Ainsi les vipères sont-elles réintroduites pour détruire certains animaux — les campagnols — ou pour être la proie d’autres — les buses — et leur servir de nourriture. Écologistes et officiels veulent également aider une espèce en danger — étendant aux vipères ce qu’ils font déjà avec les oiseaux de proie.
Le sondage informel conduit parmi les étudiants de psychologie et d’histoire de l’Université de Lyon II en novembre 1987 confirme cette présentation de l’histoire (Sabatier, annexe 10). Sur 331 étudiants (dont 221 filles), 68 connaissent l’histoire (42 filles), 34 croient à l’histoire, 38 incriminent les moyens aériens (avions ou hélicoptères) et accusent principalement les écologistes soucieux d’aider une espèce en péril.
L’histoire a évolué. Tout d’abord elle évoquait toujours les avions ou hélicoptères et visait surtout les écologistes, les laboratoires pharmaceutiques venant ensuite. Les avions et hélicoptères sont encore importants mais moins fréquents, et les officiels ont cité les laboratoires pharmaceutiques comme second coupable. Le contenu narratif, et l’affirmation d’observation directe de lâchers, ont diminué tandis qu’une version abrégée, le « fait » que les vipères sont relâchées intentionnellement à grande échelle, est devenu une vérité bien établie et largement diffusée dans le grand public.
On trouvera en annexe les tableaux qui donnent les lieux d’observation relevés par mon enquête. Ces résultats doivent être interprétés avec prudence, l’enquête n’étant pas achevée. Elisabeth Rémy (1989) présente des résultats complémentaires.
Les lâchers de vipères sont présentés comme un exemple d’une pratique beaucoup plus large. Ainsi, dans les entretiens, des gens évoquant les lâchers de vipères passeront subitement des vipères à d’autres espèces :

« Ils en remettent des caisses défoncées (de vipères). A la radio, ils en avaient parlé. C’est dégueulasse. Y’en a qui cherchent à se protéger, d’autres qui les vident du ciel. Comme les renards, les chasseurs les détruisent et puis ils en amènent à plein camion. Les buses c’est pareil, elles sont baguées (*2). »

Liées à l’anxiété à propos de réintroductions d’animaux sauvages ayant mal tourné mais correspondant peut-être également à des manipulations réelles — sont les apparitions de félins-mystère. Ce phénomène est assez répandu en France (Creuse, 1982 [Brodu, 1984]; Pas de Calais, 1986; Var, 1987) et également en Grande-Bretagne (Ecosse, Pays de Galles, Puma du Surrey, Bête d’Exmoor). Cependant ce cycle mérite une étude particulière et je ne ferai donc que le mentionner ici.
En 1981, dans le Sud-Ouest de la France, une autre histoire de vipère secoua la région. C’était une variante du récit « serpent de grand magasin » : la victime — un jeune enfant (souvent accompagné d’un grand parent âgé) qui jouait sur un manège installé à l’entrée d’une galerie commerciale (pendant que le parent âgé faisait les courses) mourait d’une morsure de vipère non détectée. Ayant été réparé pendant l’hiver dans l’arrière-pays, le manège dissimulait un nid de — bien sûr — sept vipères. L’histoire vida quelques supermarchés dans la région pendant l’été. Elle n’atteignit pas la grande presse, mais fut évoquée dans une émission sur les rumeurs, en mars 1982 (*3). L’histoire semble avoir terminé son cycle; les variantes ultérieures de 1982 et 1983 relevées dans l’Est et le Sud de la France spécifiaient que le serpent meurtrier était d’espèce exotique tout comme les produits (bananes, ours en peluche made in Taïwan) dans lesquels il se dissimulait.

II Statut des vipères et des serpents

Je vais maintenant essayer de dessiner le contexte dans lequel l’histoire s’est développée. Depuis neuf ans les serpents sont des espèces animales protégées en France. Cependant cette protection a été difficile à imposer, surtout pour les vipères, serpents venimeux. Car les vipères ont toujours effrayé, fasciné, et de plus elles étaient exploitées jusqu’alors.
Depuis 1979 l’achat, la vente, l’exposition ou le transport des reptiles et amphibiens est interdit par la loi. La destruction est autorisée pour quelques espèces de grenouilles et pour les deux espèces venimeuses les plus répandues Vipera Aspis et Vipera Berus. Ces décrets de protection ont été pris en même temps qu’un ensemble de décrets protégeant d’autres espèces animales sauvages : oiseaux, petits mammifères, mollusques. Les rapaces étaient protégés depuis 1962, les mesures de protection ayant été renforcées en 1972. Pour toutes ces espèces protégées, des dérogations autorisant la capture ou le transport peuvent être accordées par l’administration pour des motifs scientifiques. Toutes les installations détenant et exposant4 des animaux protégés doivent être enregistrées et autorisées.
Ces décrets de protection constituaient des mesures d’application de la loi du 10 juillet 1976 relative à la protection de la nature, dont le premier article affirmait que :

« La protection des espaces naturels et des paysages, la préservation des espèces animales et végétales, le maintien des équilibres biologiques auxquels ils participent et la protection des ressources naturelles contre toutes les causes de dégradation qui les menacent sont d’intérêt général. »

Cette loi est importante car elle affirme explicitement des principes (reconnus en France plus tardivement que dans d’autres pays européens) qui posent de nouveaux rapports entre l’homme et la nature, où l’homme n’est plus le maître unique et tout puissant, autorisé à exploiter et transformer à son gré, mais se reconnaît un devoir de gardien et de conservateur de l’environnement.
Animal maintenant protégé, la vipère est cependant perçue par le grand public comme dangereuse et nuisible. Jusqu’à la date du décret, la destruction des vipères était récompensée par l’administration : de nombreux conseils généraux offraient encore, en 1979, de modestes primes à ceux qui amenaient aux maires des dépouilles de vipères. Les préfets de ces départements écrivirent au Ministère de l’Environnement demandant si les primes étaient toujours légales. La réponse fut un « non » très ferme. Dans une lettre intéressante, le préfet de Vendée explique que le conseil général vient de refuser la suppression de la prime — qui était symbolique : un franc par animal — et que l’année précédente, 6 000 vipères avaient été capturées et détruites dans le département5.
Cet animal fascine, et les traditions populaires abondent à propos des vipères, comme de l’ensemble des serpents, lisant des symboles maléfiques dans les mœurs fantastiques qu’on leur prête. Un groupe de traditions les dépeint comme proches de l’homme, vivement intéressées par son voisinage : les serpents aiment le lait. Ils sucent le pis des vaches au pré, et même le sein des femmes endormies. Les serpents s’introduisent dans les corps humains où ils causent mille problèmes. Parfois ils pondent leurs œufs dans les estomacs d’enfants au berceau. La seule façon de les faire sortir est de leur présenter un bol de lait chaud qui attire jeunes et vieux serpents hors du corps humain (Rolland, 1967, III, p. 29; Sébillot, 1968, pp. 274-276).
On dit aussi que les vipères sont agressives et peuvent sauter à de prodigieuses hauteurs. Surprises, elles se mordent la queue et, transformées en roues vivantes, dévalent vers leur proie. Leurs mœurs sexuelles sont également marquées par l’agressivité. La femelle coupe la tête du mâle et l’avale lors de l’accouplement. A son tour, elle est tuée par ses jeunes, qui éventrent leur mère pour naître (Rolland, 1967, III, p. 41 et XI, p. 51).
Des métaphores littéraires de la condition humaine — enchaînée par la luxure et les passions — ont été tirées des « nœuds de vipère » que l’animal peut former au printemps (Mauriac, 1960).
Les pouvoirs thérapeutiques que l’on prête au serpent sont liés à son caractère venimeux. Les vipères étaient une source majeure de remèdes populaires, telle dans l’Antiquité et au Moyen Age, la célèbre « thériaque » préparée à partir de la chair des vipères, plus tard la graisse de vipère — moins réputée que l’huile de serpent à sonnettes, panacée aux États- Unis dans la pharmacopée populaire — mais très utilisée dans la France du XIXe siècle :

La vipère a été considérée par les anciens comme un médicament actif dans une foule de maladies (…) sa chair est quelquefois, par de vieux praticiens, prescrite en bouillon (…) l’on en fait encore une énorme consommation en France, à ce point que les vipères de France sont insuffisantes et que l’on en importe d’Italie pour une somme considérable (…). Dans le midi de la France, chaque paysan a toujours en réserve de la graisse de vipère, remède souverain, dit-il, contre la morsure de ce reptile.

(Grand Larousse Encyclopédique, 1876, p. 1097).

Une vipère conservée dans une bouteille d’alcool est un trophée figurant dans de nombreuses maisons rurales et qui ornait, il y a peu, les vitrines de bien des pharmaciens, herboristes ou taxidermistes. Nommée « Vipérine » cette eau-de-vie est une spécialité locale appréciée offerte dans certains restaurants. La Vipérine est également un bon remède contre les rhumatismes affirmait un article publié dans un magazine d’amis des animaux :

A quelques kilomètres de Lons-le-Saulnier, dans le petit village de Vincelles, Jura, René Dalloz exerce une profession pour le moins insolite : il est fabricant d’eau-de-vie de vipère. Son travail est particulièrement dangereux, car il consiste à aller sur les plateaux du Haut-Jura s’approvisionner en reptiles qu’il parvient à attraper grâce à une perche terminée par un crochet. En compensation, il reçoit de la commune un franc par vipère capturée. Il laisse l’animal à la diète durant un mois, puis il le trempe dans l’eau, le rince et le lave de nouveau avec de l’eau de vie avant de l’enfermer dans un bocal plein de ce liquide. La vipère, au bout de quelques heures, se mord la queue pour se tuer et lâche son venin dans l’eau-de-vie, conférant ainsi à cette boisson une vertu curative (paraît-il) contre les rhumatismes.

(Trente millions d’amis, octobre 1980, 29, p. 9)

Publié un an et demi après la promulgation du décret de protection, l’article ne faisait cependant aucune allusion à l’illégalité de cette pratique : après que des associations aient signalé ce fait au Ministère de l’Environnement, une lettre d’admonestation fut envoyée au magazine.
Un autre chasseur de vipères, Serge Perron, interviewé en 1981 et en 1984 ne préparait pas lui-même la vipère, mais vendait ses serpents aux restaurateurs — vingt-deux francs pièce en 1981 et trente francs pièce en 1984 — il affirmait avoir capturé 1 167 vipères en 1980, 1 060 en 1983. En 1986 ce chasseur de serpents, bien connu dans la cité bourguignonne de Dijon où il a de nombreux clients restaurateurs, a eu des problèmes avec la police locale qui a confisqué son sac de vipères laissé sans surveillance sur la voie publique la nuit pour la troisième fois de l’année tandis qu’il dormait à l’hôtel (*6).
Certains des chasseurs de serpents interviewés mettent en avant leurs pouvoirs quasi-surnaturels face à l’animal (évoquant ici les pouvoirs détecteurs des sourciers aidés des oscillations d’une baguette), jouant ainsi sur la fascination horrifiée que la plupart d’entre nous ressentent envers les serpents :

« Quand je sens une vipère à proximité, mon corps se met à trembler (…). Il ne me reste plus qu’à l’immobiliser en tendant une main devant ses yeux pour faire diversion et en la coinçant par derrière de l’autre. »

Constatant notre étonnement, il ajoute :

« Attention! je ne suis pas un sorcier. C’est un don que m’a transmis mon père. Ma fille le possède aussi. Nous émettons des radiations plus fortes que la normale. »

(La dépêche du midi, 28 octobre 1984).

Figures pittoresques déjà du passé, les chasseurs de vipères étaient, en 1979, une profession largement sur le déclin mais non encore disparue. Leurs captures étaient considérées comme utiles à la communauté puisqu’ils étaient également des auxiliaires de la science : depuis le début du siècle, les vipères qu’ils capturaient étaient vendues aux laboratoires pharmaceutiques pour la fabrication de sérum. Les animaux étaient sacrifiés après prélèvement du venin. Un reportage de Libération, le 1er septembre 1956, indiquait pour le Centre de Garches de l’Institut Pasteur le chiffre de 20 000 vipères reçues et tuées par an. Évidemment, les chasseurs de serpents mettaient en avant ces motifs « nobles » au détriment des motifs traditionnels, qui rendaient sans doute compte de la majorité des captures. Ces motifs traditionnels étaient, comme nous l’avons vu plus haut, la production de trophées et de remèdes traditionnels ; il y avait également de petites ménageries (où les animaux étaient souvent gardés dans des conditions peu satisfaisantes) qui organisaient des exhibitions itinérantes dans les foires et les écoles.
Mes recherches non exhaustives dans les dossiers administratifs et de presse m’ayant donné neuf chasseurs de serpents identifiés et quelque 7 000 captures, j’estime qu’en 1979 — lors de la promulgation du décret pour la protection des reptiles — il y avait en France quelque vingt chasseurs de vipères en activité, capturant environ 15 000 vipères par an. Chiffre non négligeable, et probablement sous-estimé par l’administration lors de l’adoption de la législation de protection.
Les chasseurs de serpents — et la profession voisine des taxidermistes qui préparaient des trophées de petits mammifères et d’oiseaux interdits par les nouveaux décrets — furent l’objet d’une grande hostilité de la part des scientifiques qui dénonçaient leurs activités devenues illégales. Ménageries et expositions itinérantes durent être déclarées et l’agrément sollicité pouvait leur être refusé. Il y eut sans doute de nombreux conflits, mais ceux-ci firent rarement les gros titres. Cependant une photo grand format (une demi-page) fut publiée par France-Soir le 29 décembre 1984. On y voyait quatre personnes manipulant des serpents de belle taille sous le titre dramatique « Affamés par l’administration ». La légende expliquait que, faute d’agrément d’administratif, la troupe, composée de quinze employés et d’une centaine de reptiles, était au bord de la faillite.
Les associations de taxidermistes et de gardes- chasse attaquèrent les décrets de 1979 et l’emportèrent en 1983 pour les oiseaux et petits mammifères. Cependant l’administration prépara rapidement de nouvelles versions des décrets annulés et leur « victoire » ne changea rien puisque les mesures de protection furent maintenues.

III Amis de la vie sauvage

Écologistes et scientifiques, les premiers plus militants, les seconds investis de la légitimité supérieure de la science, ont combattu les stupidités des préjugés traditionnels, et surtout la notion de « nuisibles », espèces animales qu’il convient de combattre de même de supprimer puisqu’elles entravent les efforts humains de mise en valeur de la nature. Cependant cette notion, fortement soutenue par l’action législative de la Troisième République en faveur de son électorat paysan (Vourc’h, 1985), est toujours très vivace dans la société rurale traditionnelle comme dans le grand public. Ces deux groupes ont inspiré l’adoption de la législation de protection dont la mise en œuvre relève des « officiels ». Je ne tenterai pas de dessiner un portrait complet de ces trois groupes, mais esquisserai rapidement leurs stratégies dans le champ de la protection de la faune sauvage.
Les écologistes sont des militants : ils protestent contre l’évolution du monde moderne, et particulièrement contre la pollution industrielle. En France, les écologistes ont moins d’importance que dans les années soixante-dix, quand ils déplaçaient de grandes foules contre des installations militaires comme le Larzac ou des centrales nucléaires comme Plogoff. S’ils ne sont pas devenus une force politique organisée comparable aux Verts allemands, ils sont cependant une minorité active, dont l’influence sur l’opinion dépasse de beaucoup les 4 % obtenus aux dernières élections présidentielles.
Dans les zones rurales où beaucoup ont été appelés « néo-ruraux », se réclamant du mouvement de 1968, ils s’opposent fortement aux activités de la chasse. En réaction à la crise de l’agriculture et à la baisse concomitante de la population paysanne, certaines associations écologiques se présentent comme prêtes à prendre en charge les campagnes désertées : non pas par l’agriculture ou par les modes d’action traditionnels des ruraux qu’elles jugent sévèrement, mais à travers les « nouvelles » techniques de gestion rurale légitimées par la « nouvelle » science de l’écologie. Il existe bien une rivalité entre paysans et écologistes — dans leurs franges extrêmes — pour le contrôle de la France rurale.
C’est de la légitimité offerte par la science que les écologistes tirent leur influence. Les scientifiques — et tout particulièrement les spécialistes des sciences naturelles : biologistes, biogéographes et écologistes qui assurent fréquemment auprès du Ministère de l’Environnement des missions de conseil scientifique — sont des partenaires très actifs qui se battent pour leurs idées et plaident avec vigueur pour des mesures de protection de la faune et de la flore. Les dossiers du Ministère de l’Environnement montrent de nombreuses lettres écrites par des spécialistes (souvent des professeurs d’Université agissant pour ces Sociétés pour la Protection de la Nature qu’ils animent et qui, mi-sociétés savantes, mi-groupes de pression, se différencient des associations écologistes plus militantes et politiques) dénonçant vigoureusement les chasseurs de serpents, les ménageries non agréées et tous ceux qui n’appliquent pas la législation de protection.
Les « officiels » répondent à la pression de ces deux groupes, mais il leur faut également tenir compte de l’opinion traditionnelle — moins soucieuse de protection et encore sensible à la notion de « nuisibles » — des chasseurs, des paysans et du grand public. Dans les dossiers du Ministère de l’Environnement on ne sent guère la pression de ces groupes plus traditionnels, mais ils agissent à travers d’autres branches de l’administration, le Ministère de l’Agriculture ou, au niveau local, les préfets qui transmettent au Ministère de l’Environnement de nombreuses questions émanant de la population. Ce Ministère (Secrétariat d’Etat depuis juin 1988), est une structure légère et assez nouvelle. Sa mission se partage entre la lutte contre la pollution et les risques (DEPPR) et l’action pour la protection de la nature (DPN). Cette action de protection est conduite par la législation, par la gestion de la chasse (Office national de la chasse, ONC) et des espaces protégés, parcs et réserves.
Les parcs se sont développés dans les années soixante : parcs nationaux (six couvrant quelque 346 000 ha dans leurs zones centrales, et 889 200 ha si l’on inclut les zones périphériques, environ 0,7 % du territoire métropolitain français) gérés par le Ministère de l’Environnement ; ou parcs régionaux (vingt-cinq couvrant quelque 3 458 000 ha, environ 7 % du territoire) gérés avec la collaboration des régions dont ils dépendent. Les quatre-vingt-cinq réserves naturelles (couvrant 100 000 ha) parfois incluses dans les parcs, abritent des milieux exceptionnels ou fragiles tels les marais de Camargue ; géré par le Ministère de l’Environnement depuis 1975, le Conservatoire des lagunes et du littoral complète cette action de protection pour ces milieux menacés.
Dans tous ces espaces protégés, des règles peuvent être opposées au jeu du marché et au tout puissant droit de propriété privée, afin de maintenir les ressources naturelles et de gérer le développement. Les parcs ont été pionniers dans la protection de la faune et de la flore et dans la mise en œuvre d’une politique de réintroduction ou de renforcement des espèces animales sauvages éteintes ou menacées. Les réintroductions sont très connues du public et font l’objet de vives controverses entre les divers groupes concernés et parmi les autorités responsables.
Les nouvelles mesures protectrices prises en 1979 prévoyaient l’octroi de dérogations permettant la capture d’animaux protégés pour la recherche scientifique. Le Ministère de l’Environnement fut-il submergé de demandes? Rappelons que bien des espèces sauvages furent déclarées protégées cette année-là. Parfois — bien qu’il soit difficile de l’affirmer, l’ensemble des dossiers demeurant peu accessible — il semble que des dérogations furent accordées sans examen approfondi. Ainsi, en janvier 1981, un scandale éclata quand le chasseur de serpents Jean Mora (basé à Auch dans le Gers) apparut un dimanche après-midi à la télévision pour expliquer à l’animateur Jacques Martin qu’il tuait des centaines de serpents chaque année avec la bénédiction des laboratoires pharmaceutiques et celle de l’administration. Les écologistes et les scientifiques se retournèrent vers le Ministère de l’Environnement, les scientifiques déplorant avec vivacité qu’une dérogation ait été accordée à un personnage pour lequel la recherche scientifique n’était qu’un alibi. Le Ministère n’adressa pas de lettre d’admonestation à la puissante télévision — alors qu’il n’hésitait pas à intervenir auprès de magazines spécialisés ou de journaux locaux — mais la dérogation accordée en 1980 ne fut pas renouvelée en 1981.
Les laboratoires pharmaceutiques demandèrent également des dérogations afin de capturer des vipères. Ces dérogations furent accordées en demandant que les serpents ne soient pas sacrifiés, ce qui était courant dans les années cinquante7, mais relâchés après prélèvement du venin. Le Ministère de l’Environnement spécifia que les lâchers devaient être effectués au lieu même des captures, mais les chasseurs de serpents ainsi autorisés ont-ils toujours respecté cette règle contraignante ? Des scientifiques m’ont indiqué qu’ils pensaient que des lâchers groupés, plus commodes pour le chasseur, avaient sans doute fourni un aliment à la rumeur (*8).
Ces dérogations portaient sur des quantités importantes. Elles n’ont pas concerné, à ma connaissance, l’Institut Pasteur (le plus connu des laboratoires pharmaceutiques, dont le nom est identifié pour le grand public au sérum antivenimeux qu’il a créé, par conséquent victime de « l’effet Goliath » (*9)) qui avait assez de sérum antivenimeux, mais le laboratoire Mérieux qui reçut en 1980 une dérogation autorisant la capture de 5 000 Vipera Aspis et de 200 Vipera Berus. Le rapport d’exécution demandé, et dûment rempli, indiquait que 1 632 vipères avaient été capturées en 1980, et la dérogation fut renouvelée en 1981 pour 1 500 Vipera Aspis.
En 1981, le Ministère de l’Environnement précisa dans sa lettre d’autorisation que les dérogations seraient accordées pendant une période d’adaptation et que d’autres solutions devaient être trouvées à l’avenir. De nos jours, on a besoin de moins de sérum puisque d’autres thérapies sont employées en cas de morsure, et les besoins sont couverts par l’élevage — qui permet un meilleur contrôle des apports — ou par les importations (d’URSS pour Vipera Berus). Cependant, des dérogations sont encore accordées : de novembre 1986 à novembre 1987, le Ministère de l’Environnement a reçu 300 demandes de dérogations concernant la capture ou l’exposition d’espèces protégées, dont quinze concernaient des vipères (et huit ont été accordées).

IV Lâchers d’animaux sauvages

Entre 1980 et 1982 des herpétologistes observèrent en Alsace, près de Ribeauvillé et de Colmar, dans un coin très fréquenté par les touristes, des vipères dont la présence sur le site — une tourbière située près du lac du Devin — était une nouveauté. Ils échangèrent des informations, l’un d’entre eux mena une enquête locale et leurs observations furent publiées en avril 1983 dans une revue locale d’écologie (Baumgart, 1983). L’article indiquait que ces découvertes faisaient suite à des introductions volontaires effectuées en 1973 (100 Vipera Aspis) et en 1979 (100 Vipera Aspis, 50 et 15 Vipera Berus, le second lot étant une variété mélanique). La presse locale, en octobre 1983, fit écho à cet article et une enquête officielle fut ouverte afin de calmer la population quelque peu alarmée. Le « lâcheur » fut identifié, mais non poursuivi. Cet exemple attesté est unique, mais correspond parfaitement au stéréotype véhiculé par l’histoire (moins l’hélicoptère bien sûr) : jeune amateur éclairé, « l’ introduction [a] été effectuée par quelqu’un d’averti qui connaissait l’écologie de la vipère péliade » (*10), relâchant des vipères afin d’élargir leur aire d’extension.
Les lâchers accidentels d’animaux exotiques familiers sont très fréquents et concernent souvent des serpents. Beaucoup de ces animaux trouvés sur la voie publique sont remis aux jardins zoologiques qui reçoivent également des animaux remis directement par leurs maîtres. Ainsi la Ménagerie du Jardin des Plantes à Paris reçoit chaque année environ trois crocodiles, douze pythons ou boas, douze singes, vingt- quatre lézards, deux petits mammifères et plus de cent tortues d’eau11.
Les journaux rendent compte de ces escapades en mêlant l’amusement (si le python vagabond peut être affublé d’un prénom cocasse, son succès médiatique est assuré) et la crainte (le serpent surgissant dans la baignoire ou les toilettes est toujours signalé, le titre grossit s’il a débarqué chez une femme vivant seule). Quand la réalité rejoint et dépasse la fiction — ainsi quand un vrai crocodile fut trouvé dans les égouts parisiens le 6 mars 1984 — c’est une « belle » information. La taille de l’animal ajoute au frisson : la bête des égouts mesurait 85 centimètres. Il m’a semblé que les tailles données par les journaux étaient un peu « optimistes », la taille de plus de deux mètres étant la norme (Goss, 1986).
Des collectionneurs de serpents tropicaux sont parfois trouvés morts au milieu de leurs animaux et la presse signale également quelques accidents spectaculaires : le plus extraordinaire étant celui du fakir, mordu par ses najas venimeux sur le Bordeaux-Vin- timille en 1956, qui mourut après avoir refermé la boîte contenant les serpents (Le Parisien Libéré, 11 avril 1956). Cependant, ces accidents sont exceptionnels : ayant dépouillé le dossier de presse « serpents » du service de documentation de France-Soir qui couvre trente ans, je n’en ai trouvé que cinq alors qu’une dizaine de pythons ou boas égarés sont signalés chaque année.
Une vingtaine de loups ont été aperçus, et généralement tués, en France depuis 1945 : dix de 1945 à 1962, dix de 1963 à 1987. Ces observations correspondent fréquemment à des loups domestiques ou captifs qui se sont échappés, ou ont été abandonnés, voire relâchés. Une de ces observations pourrait correspondre à l’action d’un écologiste : un couple de loups fut aperçu dans les Landes, en 1968, et la présence d’un couple renvoie à un projet de réintroduction (Beaufort, 1988, p. 27). Cependant les deux animaux furent abattus à deux mois d’intervalle.
Les associations de chasseurs relâchent du gibier : lièvres, perdrix, faisans, sangliers, sont importés (souvent de l’Europe de l’Est), ou élevés, puis relâchés avant l’ouverture de la chasse. Les associations de pêche relâchent des alevins de truite dans des lacs de montagne :

« Les pêcheurs procèdent à des alevinages de truitelles dans les lacs d’altitude au moyen d’hélicoptères. Les poissons sont transportés dans des caisses spéciales dites < Boîtes à Vibert > (…) Faut-il conclure [que] les truitelles sont devenues des serpents, les boîtes à Vibert des boîtes à vipères, les sociétés de pêche des associations d’écologistes ? »

(La nouvelle république, 7 novembre 1985).

Les associations d’ornithologistes, et particulièrement d’amis des rapaces, essayent souvent d’augmenter la faible fécondité naturelle de ces espèces par des mesures d’assistance : retrait des œufs incubés artificiellement, nourrissage des jeunes, etc. Ces groupes ont été actifs et opérationnels dans les réintroductions conduites par les réserves et parcs, et leur participation aux lâchers de vipères est souvent affirmée : on leur prête le désir d’assurer ainsi des proies aux rapaces qu’ils protègent, buses et circaètes particulièrement.
La protection des espèces en voie de disparition et la réintroduction des espèces disparues furent parmi les premières missions assignées aux parcs et réserves qui s’attelèrent à leur tâche avec enthousiasme, et peut-être sans guère de méthode, dès les années soixante. Je ne décrirai pas les actions qui ne rencontrent pas d’hostilité comme celles qui concernent les daims, castors ou chevaux sauvages, mais je parlerai de celles qui suscitent des controverses.
Une action importante, très connue, fut entreprise au Parc national des Cévennes concernant la réintroduction du vautour fauve. Après des essais infructueux, elle a maintenant réussi. Les quelques quinze animaux vivant en liberté sont nourris grâce à l’entretien de charniers par le personnel du Parc. Leur survie est donc très artificielle et dépendante de l’ac-tion humaine. Des associations écologistes demandent maintenant une modification des règlements autorisant l’abandon du bétail mort qui serait laissé sur place dans la zone fréquentée par les vautours fauves.
Les derniers ours sauvages de France vivent près du Parc national des Pyrénées Occidentales qui fait beaucoup pour leur sauvegarde au milieu de bien des controverses. Le territoire du Parc contient également une zone où les isards — gibier très convoité — sont protégés. Dans sa réponse à mon questionnaire, le Parc a indiqué qu’il était accusé de procéder à des lâchers incontrôlés de nombreuses espèces : vipères, ours qui sont censés être achetés par le Parc à des cirques afin de renforcer la population déclinante protégée. Quant aux isards, on affirme qu’ils sont regroupés dans la zone protégée, à la veille de l’ouverture de la chasse, par des écologistes et des agents du parc qui utilisent… des hélicoptères blancs, évidemmentl2.
Commencée en 1983 après avoir été réalisée avec succès en Suisse, la réintroduction des lynx sur le territoire du Parc des Vosges, opération prise en charge par le Ministère de l’Environnement a suscité des passions : un fort mouvement de sympathie, mais également une considérable hostilité au niveau local, comme on l’a vu en janvier 1984 quand un des deux lynx relâchés en 1983 fut abattu par balle, et en novembre 1987, quand on trouva enterrés les col-liers-émetteurs d’un couple dont les deux petits, nés en octobre dans ce nouvel habitat — ce qui indiquait le succès de l’opération de réintroduction — périrent également. Aucune inculpation ne fut effectuée. Les controverses continuent au sujet des lynx. En Suisse, chasseurs et éleveurs du Valais se plaignent des déprédations de l’animal sur le gibier et les troupeaux; dans l’Ain, département limitrophe de la Suisse qui a accueilli quelques lynx, le conseil général réclame au Ministère des indemnités pour dégâts aux troupeaux13.
Dans leur désir de réagir contre les conceptions traditionnelles — et en particulier contre le concept d’espèce nuisible qui découlait de la place centrale et exclusive accordée à l’espèce humaine autour de laquelle s’ordonnait l’ensemble de l’univers — les écologistes ont voulu nous réconcilier avec ces « Mal-aimés d’hier »(*14) au service desquels ils ont montré un zèle quasi-missionnaire. Expositions de réhabilitation, dénonciation du piégeage ayant pour but la protection de l’élevage ou du gibier, des pratiques traditionnelles cruelles souvent entachées de magie (chouettes clouées aux portes, vipères ou rapaces-trophées, etc.) les actions ont été nombreuses et ont eu beaucoup d’impact.
Des espèces autrefois honnies sont réhabilitées et leur maintien, ou réintroduction, réalisé ou envisagé. C’est le cas de l’ours, du lynx ou même du loup, exterminé pourtant avec l’accord unanime de la nation. En 1969, le naturaliste suisse renommé Robert Hainard plaidait vigoureusement pour la réintroduction des espèces disparues :

« Nous ne retrouverons la richesse de la vie que dans la beauté de la nature, qui est un système de nécessités non plus subies, mais acceptées, aimées. Voilà pourquoi le sauvetage d’une espèce parfaitement inutile, la reconstruction d’une nature plus entière me paraissent la façon la plus radicale de travailler au salut des hommes. »

(Le Courrier de la Nature, 1969).

Évoquantensuite l’attitude positive qui s’était manifestée dans le grand public lors du lâcher des loups des Landes évoqué plus haut — lâcher pour lequel un projet de réintroduction est probable — R. Hainard qui préconise la réintroduction des grands mammifères dont les loups en France conclut :

« Il eût été bien plus efficace de les protéger et de payer leurs dégâts dans le biotope qu’ils ont choisi, mais l’opinion n’est sans doute pas mûre » (ibid.).

Plus que des pratiques isolées et hypothétiques c’est cette mentalité de réhabilitation et d’affection pour les « nuisibles » qui a marqué la conception que le grand public se fait des écologistes et rend vraisemblables nos récits de lâchers de vipères. Cette attitude « pro-nuisibles » a d’ailleurs exercé une grande influence : les réactions du public devant ces questions ont changé et même s’il y a encore de nombreuses controverses (renards et rage, petits mammifères et gibier) on ne retrouve plus le consensus anti-nuisibles d’hier.
Ce survol du contexte dans lequel les histoires de lâchers de vipères ont apparu et se sont développées montre que la transformation des attitudes officielles envers la vie sauvage a gêné le fonctionnement d’un système d’exploitation qui fonctionnait en toute bonne conscience pour les espèces de serpents, craintes et détestées. Il existe une controverse entre un mouvement de préservation et de conservation qui guide maintenant la politique officielle (mouvement devenu la norme) et d’anciennes attitudes fortement implantées d’hostilité et d’exploitation destructrice de la vie sauvage. Les manipulations d’espèces sauvages sont très répandues et constituent une activité importante des parcs et réserves. Tous ces facteurs ont créé un climat dans lequel la croyance à la réalité des lâchers de vipères a pu s’épanouir, mais ils n’expliquent pas complètement cette croyance.

V De la rumeur à la légende

Il nous faut à présent oublier momentanément le contexte et revenir à l’histoire elle-même pour saisir son message et déchiffrer sa signification. L’histoire des lâchers de vipères unit deux éléments narratifs : les vipères et les avions/hélicoptères.
Les vipères sont l’archétype de l’animal mauvais dans son essence; leur réintroduction volontaire est un « comble », un exemple parfait de bonnes intentions devenues folles. Le choix de cet animal — perçu comme dangereux et tapi dans l’ombre, prêt à attaquer le passant insouciant et inconscient — désigne ceux qui sont accusés de la réintroduction, comme des apprentis-sorciers qui oublient les hommes dans leur passion pour la nature.
Les hélicoptères qui pourraient tout d’abord sembler un ajout superflu sont en fait le nœud de l’histoire : certes l’utilisation des hélicoptères est maintenant très répandue et donne une assise pseudo-rationnelle au récit, mais si nous avons une légende — et non simplement une brève rumeur accusant un groupe ou un autre de lâchers de vipères — c’est à cause de l’extravagante et incroyable présence de l’avion/hélicoptère, à cause de l’atterrissage en douceur de la caissette, boîte ou chaussette. C’est cet élément extravagant qui attire l’attention, en fait une histoire bonne à répéter et à diffuser, amusante à raconter, une si bonne histoire que l’on sent le besoin d’y participer, et que les portes de la mythomanie s’ouvrent toutes grandes pour favoriser une diffusion épidémique du récit.
Il y a eu de véritables épidémies de diffusion en 1981 dans le Périgord et le Jura, en 1982 dans la Drôme, en 1985 dans le Loir-et-Cher. Il est aisé de démontrer que ces pseudo-observations s’effritent dès le premier niveau d’enquête, l’enquête journalistique :

« C’est bien vous qui avez vu un hélicoptère jeter une caisse pleine de vipères ? » — « Oui, c’est moi. Enfin, pas exactement… C’est l’ami du beau-frère d’un cousin. Mais, vous savez, c’est son meilleur ami. Il est digne de confiance. S’il le dit, c’est qu’il l’a vu ». Voilà le lot quotidien des réponses faites à ceux qui voudraient jouer aux détectives. Pas facile de coincer une rumeur. Pourtant il paraît… que… Enfin, on dit que… Ce qui est certain, c’est que des gens ont vu les fameux hélicoptères balancer des caisses pleines de vipères. Pensez donc : jusqu’à deux tonnes dans le lac de Vouglans, sur les plages, pour faire fuir les touristes… Le drame, c’ est que personne n’est en mesure de dire : « Moi, j’ai vu »… » {La croix jurassienne, 10 septembre 1981).

« Ils descendent tout bêtement avec des hélicoptères à la nuit fraîche, les vipères somnolent dans des boîtes en carton trouées pour qu elles respirent. Ils en ont lâché 9 000 dans la forêt de Moirans et je sais plus combien dans la vallée de la Bienne. Attends, bouge pas, je vais te donner le numéro de téléphone du type qui fait ça ».Mon téléphone est encore tout chaud de la nouvelle, il s’en remet doucement, lové dans son fil comme dans une mue tiédie au soleil. Le numéro n’était pas tout à fait le bon, mais au bout il y avait du solide, du tangible : « A Moirans, on a arrêté un cantonnier parce qu’il a tiré sur l’hélicoptère. Il en avait assez de tous ces lâchers de vipères. Il faut le comprendre, l’an dernier sa fille a été mordue, elle a failli y passer ». A Moirans, on confirme l’histoire, sauf que le cantonnier n’a pas de fille, ça doit être celui de Ravirolles. Renseignements pris, à Ravirolles, il n’y a pas de cantonnier. » (Libération, 11 août 1981).

Cependant ce qui compte, c’est la croyance, la diffusion épidémique du récit plutôt que la minceur des faits. Pourquoi les gens croient-ils, participent- ils, diffusent-ils ce récit?
Dans leurs réactions indignées aux accusations portées contre eux, les écologistes ont parlé de racisme, de refus de la différence, de chasse aux sorcières, d’hystérie. Ces attitudes sont clairement exposées dans l’étude de Périgne (1989). Oui, peut- être, mais n’est-il pas un peu court de répondre à une accusation non fondée par une contre-accusation? Bien qu’handicapée dans la présentation de mes hypothèses par le fait que je n’ai pas réalisé d’enquête de terrain lors des épidémies de diffusion de récits de lâchers de vipères, il ne me semble pas possible de réduire ce phénomène à un symptôme de l’antagonisme entre écologistes et chasseurs, ou à des cas de maladie mentale, ce qui semble être le fond de l’analyse de bien des écologistes :

« Et le Docteur Mathieu, Président de la FRAPNA Drôme (*15), de partir en guerre contre les moulins de l’ignorance et de la bêtise (…) : « Méconnaissance profonde en matière de biologie animale, groupes de pression afin de discréditer l’action associative, rumeur publique et naturophobie, le problème des lâchers d’animaux dits « nuisibles » et de vipères en particulier, ne relève que de… la psychanalyse. Les déclarations péremptoires sont reprises et amplifiées par des personnalités dont l’état psychologique fragile est particulièrement réceptif (hystérique, phobique, paranoïaque) ». » (Rhône-Alpes Nature, juillet 1983).

Ce récit a convaincu bien au-delà du cercle restreint de ceux qui s’opposent activement à l’approche des écologistes. Son pouvoir de persuasion est dû au fait qu’à travers le détour narratif des vipères et des hélicoptères, ce récit permet l’expression cryptée, codée, de pensées à demi-formulées qui circulent dans le grand public à propos des pratiques de protection et de réintroduction d’espèces sauvages. Ces pratiques qui rencontrent une approbation officielle, sont généralement présentées très favorablement par les media et semblent susciter la sympathie. En fait, elles engendrent également inquiétude et hostilité, exprimées à travers ce récit, quand elles s’appliquent aux espèces « nuisibles ». L’émission de mars 1982 sur les « Rumeurs » diffusée par France-Culture, et déjà évoquée, citait la lettre d’un lecteur à la Dépêche du midi montrant bien le lien entre les rumeurs de lâchers de vipères et l’hostilité aux mesures de protection concernant l’animal :

« Si les députés qui ont voté la loi du 10 juillet 1976 avaient eu comme moi durant ma vie de médecin dans les Hautes-Pyrénées et la Haute-Vienne, l’occasion de porter secours à trois enfants piqués par des vipères et qui ont été sauvés de justesse, ils n auraient pas considéré ces sales bêtes comme des créatures à protéger et nous ne verrions pas actuellement l’Office de Reboisement parachuter des vipères importées de l’Est pour, soi-disant, protéger des rongeurs les jeunes plants de résineux. »

Je pense que la protection et les réintroductions d’espèces sauvages engendrent des sentiments contradictoires. D’un côté positifs, les réintroductions aident à retrouver une harmonie et une diversité perdues. De l’autre négatifs, les réintroductions présentent un risque dangereux de perte d’un équilibre acquis avec difficulté grâce à l’obstination et au labeur incessant du paysan qui a domestiqué la nature, ainsi qu’un risque d’ouverture des vannes et de retour à une sauvagerie incontrôlée, à une nature sans hommes. Ces conceptions opposées s’expriment à travers une légende, un mythe. Comme le souligne Claude Lévi-Strauss : « L’objet du mythe est de fournir un modèle logique pour résoudre une contradiction. » (1958, p. 254).
Le caractère extraordinaire, extravagant, de l’histoire des lâchers de vipères par hélicoptère montre qu’elle appartient à cette catégorie de rumeurs et légendes fantastiques étudiées avec finesse par Peter Lienhardt qui a analysé leur rapport avec les contradictions de la psyché collective :

« Ce qui apparaît est un ensemble d’images exprimant les sentiments et attitudes du public. C’est certainement l’opinion publique (…) mais (…) il faut faire attention à bien distinguer cet ensemble des aspects logiques, analytiques ou raisonnables de l’opinion publique. Elle ne peut être considérée comme un effort de compréhension ou d’évaluation. La rumeur est proche de la pensée métaphorique, non de la pensée logique, elle ne se trouve pas par spéculation rationnelle. Elle est figurative. Par conséquent les attitudes qu’elle exprime n’ont pas à être consistantes entre elles. Un ensemble bizarre de « faits » — il doit être bizarre pour que la rumeur fonctionne — est inventé pour coïncider avec les attitudes du public. L’histoire fournit la logique, apparaissant comme une conjonction exceptionnelle et peu caractéristique de faits. Elle permet aux attitudes du public d’être co-présentes, même si elles ne sont pas consistantes. (…)
Les rumeurs de type fantastique (…) représentent des complexités de l’opinion publique qui ne peuvent aisément s’exprimer à un niveau plus pensé. Ce faisant, elles unissent les sympathies dans un consensus de type non réfléchi, ou en tout cas non critique. » (Lienhardt, 1975, pp. 128-130).

Le processus bien réel de désertification qui est à l’œuvre dans de nombreuses campagnes françaises donne du poids à cette crainte du retour de la sauvagerie qui s’exprime également à travers les visions de fauves fantomatiques évoquées plus haut :

«La Bête venue du fond des Ages et du plus profond des campagnes n’hésite pas à défier la grande ville (…) Il y a toujours une leçon proche, familière au milieu où éclosent ces fables. Faute d’une matérialité suffisante, elles se rattrapent par une pertinence certaine, une fonction sociale que V enquêteur, les yeux trop rivés au ciel, ne saura pas détecter (…)
En ce qui concerne la Bête de Noth, le sens de son message pour ceux qui en ont assumé la présence, me paraît extrêmement clair : (…) « Les loups vont revenir ». Cette phrase est plus symbolique que réaliste. Elle semble traduire un malaise ressenti par la population rurale : certains bois sont devenus impénétrables ; les villages abandonnés ajoutent au paysage un caractère sauvage et lugubre. Les lignes de la SNCF disparaissent : les loups n’ auront plus peur du bruit (…) Ces rails qui finissent parmi les herbes folles, ces chemins qui retournent à la forêt, sont les signes d’une vacance humaine, une invite au non-humain, aux bêtes sauvages qu avaient repoussées les premiers agriculteurs. » (Brodu et Meurger, 1984, pp. 32-33).

La présence des avions/hélicoptères donne à la rumeur des lâchers de vipères un contenu narratif permettant d’employer à son propos le terme de légende. Cette intrusion évoque le surnaturel, l’extraordinaire, mais sans déroger aux règles de la raison. On peut évoquer à ce propos d’autres épidémies de vision ou d’interprétation d’objets célestes. En 1954 chacun voyait, par exemple, des OVNI en France. En Espagne, ce sont des casseurs de nuages maléfiques, depuis une douzaine d’années :

« PULPI, Espagne. Les fermiers jurent que les casseurs de nuages existent. C’ est toujours la même chose, disent-ils : ils travaillent dans leurs champs ou vergers poussiéreux, quand une grosse nuée orageuse apparaît à l’ouest au-dessus des montagnes. Ils peuvent presque sentir la pluie.
Alors le ronronnement des avions rompt le silence. Ils volent dans les ténèbres, crachant des produits chimiques. Ils bourdonnent d’avant en arrière, bâchant la masse ondoyante en trainées qui s’évaporent au loin. Leur tâche accomplie ils virent au loin, vers une piste secrète. « Cela ne rate jamais » affirme Diego Jimenez, fermier d’une soixantaine d’années. « Les avions tournent. Puis rien. Pas une goutte ».

Le gouverneur de la province d’Alméria, où est située cette bourgade agricole endormie, dit qu’une hystérie collective, provoquée par une sécheresse prolongée, a conduit les habitants à une chasse aux sorcières de l’âge aéronautique. Mais les fermiers ont une explication plus sinistre. Ils disent que les magnats de la tomate — ou leurs compagnies d’assurance, ou des multinationales ; des groupes d’intérêt en tout cas — payent les pilotes de petits avions pour faire exploser les nuages et que ce n’est qu’avec des fusils qu’on peut les combattre (…).
La controverse des casseurs de nuages fermente depuis le début de la sécheresse, en 1978 : le gouverneur d’Alméria, Tomas Azorin Munoz (…) a invité à Pulpi sept lumières de la communauté scientifique espagnole — cinq météorologues, y compris le directeur du Bureau Météorologique National, un ingénieur aéronautique et un expert agricole — pour parler aux fermiers il y a quelques semaines. Près de 600 personnes se sont entassées dans le plus grand local de la ville, un restaurant, pour les entendre démolir la notion de casseur de nuages. C’ était, ont affirmé tous les experts, un mythe impossible. Mais à la fin de ce sommet — nom donné à la réunion — un sondage à main levée a montré que l’opinion était partagée par moitié. » (The Wall Street Journal, 5 juin 1985).
Le récit des lâchers de vipères exprime également un refus profond des attitudes mentales et idées nouvelles concernant l’homme et la nature, idées considérant la sphère écologique dans son ensemble, et non plus de façon prédominante dans sa relation à l’homme, ce qui a logiquement entraîné la disparition de la notion d’animaux nuisibles, définis uniquement à travers leur rapport à l’espèce humaine.
A travers ce récit il semble qu’une question soit timidement posée par ceux qui ne possèdent pas la légitimité supérieure de la Science. Ces nouvelles idées amèneront-elles les puissants à préférer les animaux — même et surtout les pires — aux hommes ? (*16)

VI Notes

*1. Quand, en octobre 1987, j’ai commencé une recherche systématique d’information sur le thème des rumeurs de lâchers de vipères, je ne connaissais que quelques aspects de l’histoire. J’avais alors deux sources.
Quelques pages de commentaire dans Rumeurs (Kapferer, 1987) qui suggéraient que l’avion (ou hélicoptère) symbolisait l’éloignement des écologistes par rapport aux véritables besoins des zones rurales où leurs interventions bien intentionnées, mais maladroites apportent des problèmes aux habitants. Jean-Noël Kaptèrer rappelait également l’expression courante de « décisions parachutées » pour des mesures administratives.
L’article de Libération cité plus haut — plein d’esprit et dont le titre « D’où sortent ces serpents qui sautent sur nos têtes? » paraphrasait le célèbre vers allité- ratif de Racine dans Andromaque : Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes — qui mettait en valeur l’affirmation de perception directe caractérisant l’histoire. L’article faisait également allusion à un décret protégeant les vipères (décret cité avec indignation par certains interviewés) et aux réactions des autorités locales face aux plaintes de la population (vœu du Conseil Général du Lot).
Comme la plupart du grand public, j’ignorais tout de la législation protégeant la faune sauvage. Je m’adressai donc au Ministère de l’Environnement pour en savoir davantage. Dans le bureau dépendant de la DPN — Direction pour la Protection de la Nature — où j’atterris après quelques coups de fil, on me montra une chemise élégamment étiquettée « Lâchers de vi-pères » contenant une quinzaine de lettres qui accusaient le Ministère de l’Environnement d’organiser les lâchers. Sur 16 lettres, 8 étaient datées de 1986 ou 1987. La rumeur était loin d’être retombée comme je l’avais tout d’abord pensé et un nouveau coupable apparaissait : l’administration.
Je rencontrai de nombreux écologistes qui soulignaient le climat hostile existant au niveau local dans les zones rurales entre écologistes et chasseurs — ces derniers représentant une force en France avec 1 800 000 licenciés, le pourcentage le plus élevé d’Europe par rapport au chiffre total de la population : 3,4% — même si cette hostilité ne se justifie pas par les théories officielles qui considèrent la chasse comme un moyen légitime de régulation de la faune sauvage. L’idée, selon laquelle les chasseurs étaient les initiateurs et les propagateurs des histoires de lâchers de vipères accusant les écologistes, était très populaire chez mes interlocuteurs.
Je rencontrai également des intellectuels, des ethnologues attachés au CNRS considérant avec sympathie l’approche des écologistes. Deux d’entre eux — qui ne se connaissaient pas — étaient convaincus que des lâchers de vipères étaient organisés dans la région des Cévennes par le Parc national. La région des Cévennes présente une forte concentration d’intellectuels et le Parc national des Cévennes a effectué de nombreuses réintroductions d’espèces sauvages : vautours, castors, cerfs, daims, mais non pas vipères évidemment. Les parcs et réserves naturelles — où l’action pour la protection de la nature a été la plus vigoureuse et où beaucoup de réintroductions ont été effectuées — étaient donc ici désignés comme responsables de lâchers de vipères.
Je contactai la Fédération des parcs naturels et, avec leur aide, envoyai un petit questionnaire aux parcs demandant s’ils avaient été accusés de lâchers de vipères. Leurs réponses me montrèrent que l’histoire courait déjà en 1974. Elle ne pouvait, comme je l’avais tout d’abord pensé, être simplement une réaction au décret de 1979 protégeant les vipères.
Les riches dossiers que la Société Her- pétologique de France siégeant au Muséum National d’Histoire Naturelle a recueilli sur cette rumeur n’ont pu être consultés, cet organisme patronnant directement une étude sur ce thème et n’acceptant nulle consultation de « ses » informations. Aucune collaboration ni échange d’informations avec l’auteur de l’étude n’a donc été possible.
Des dossiers de travaux pratiques sur les rumeurs de lâchers de vipères avaient été préparés par des étudiantes en première année de psychologie à l’Université de Lyon II sous la direction de Mme Wittling l’un en janvier 1986, deux en janvier 1988. J’ai pu recevoir copie de ces dossiers, qui m’ont été très précieux (Bernard, 1986; Calabro, 1988; Sabatier, 1988).
Enfin deux études sur les lâchers de vipère ont été publiées en 1989 (Périgne, Rémy).

*2. Déclaration de L.Q. à l’ethnologue S. Pinton en novembre 1986 et communication personnelle de S. Pinton. L.Q., femme âgée de 60 ans est une paysanne à la retraite, vivant seule dans une ferme de la Creuse. Elle ne cultive plus, mais élève des volailles et a un jardin potager.

*3. Atelier de création radiophonique de mars 1982, France Culture, Michèle Cohen, Michel-Louis Rouquette. L’émission contenait également des affirmations de lâchers aériens de vipères dans la même région.

*4. Article 6 de la loi du 10 juillet 1976.

*5. Lettre du préfet datée du 11 mars 1980, réponse Environnement/DPN datée du 30 avril 1980.

*6. Interviews : France-Soir, 18 août 1981; Figaro, 26 août 1981; La Croix, 30-31 août 1981 ; Nouvelle République du Centre, 30 octobre 1984. Incident de Dijon : France-Soir, 10 juin 1986.

*7. Cf. article de Libération, 1er septembre 1956, cité p. 145-146.

*8. Communication personnelle de M. St Girons, membre de la Société Herpétologi- quc.

*9. Tendance à la mise en cause du leader de la branche dans les rumeurs et légendes urbaines, selon l’expression de Fine (1985).

*10. Le « lâcheur » était né en 1956, et donc âgé de 17 ans lors des premiers lâchers. Communication personnelle de Baumgart, juillet 1988.

*11. Communication personnelle de Guy Ramboise, directeur du zoo de Vincennes, mars 1988.

*12. Lettre Parc datée du 8 mars 1988. « Un jeune chasseur basque très monté contre les écologistes… me rapporta comme argent comptant une autre fable extravagante : la veille de l’ouverture de la chasse aux isards des écologistes rabattent dans le parc, en hélicoptère, les isards qui en seraient sortis. » Communication personnelle de M.H. Larqué, directeur du bul-letin local d’information L’Echo des trois clochers, mai 1988.

*13. Suisse « Le lynx en Valais », Nouvelliste et feuille d’avis du Valais, 8 juillet 1988. Ain : « Les lynx de la discorde », Le Figaro, 11 septembre 1986. « Les lynx en liberté surveillée », Le Figaro, 27 septembre 1988.

*14. Titre d’une exposition organisée en 1975 par le Parc national des Cévennes, au château de Roquedols.

*15. Association écologique.

*16. Ce texte reprend un exposé au « Sixth International Seminar », Perspectives on Contemporary Legend, Sheffield, UK, 25- 29 juillet 1988.

VII Références bibliographiques

BAUMGART Gérard, PARENT G.H., THORN R., 1983, « Observations récentes de la vipère péliade dans le Massif Vosgien », Ciconia, revue régionale d’écologie animale, 1, 1-23.
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BERNARD Brigitte, 1986, La rumeur : lâcher de vipères (Auvergne), (Dossier de T.D. « Perception et représentation du Monde » Psychologie), Université de Lyon II, 12 p. + 5 annexes.
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La Croix jurassienne, 10 septembre 1981. « Les vipères sont bien tranquilles! Foutez-leur la paix ».
La Dépêche du midi, 28 octobre 1984, « Chasseurs de vipères ».
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KAPFERER Jean-Noel, 1987, Rumeurs. Le plus vieux média du monde, Paris, Seuil, 380 p.
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REMY Elisabeth, 1989, La rumeur des lâchers de vipères, Compte rendu de recherche, SRET1E, 82 p.
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The Wall Street Journal, 5 juin 1985, « The rain in Spain is stop- ped mainly by phantom planes ».

VIII Annexes

Sources consultées

Date Départements où les lâchers sont affirmés
1980 Cantal, Gironde, Haute-Garonne
1982 Cantal, Charente, Corrèze, Pyrénées-Orientales
1984 Loire
1985 Charente, Dordogne, Vendée
1986 Yonne
1987 Allier, Alpes-de-Haute-Provence, Haute-Vienne, Loire
Source :Lettres au Ministère de VEnvironnement.

Date Parcs accusés de lâchers Commentaire
1968 Pyrénées Occidentales concernait aussi ours, isards, perdrix
1974 Pilât annuel, continue en 1988
1977 Lubéron annuel, continue en 1988
1980 Haut-Jura a précédé le Parc, continue en 1988
1980 Haut-Languedoc surtout 1982-1984, concernait aussi « les aigles »
1980 Volcans surtout 1980-1983
1981 Ecrins avivé par un article humoristique du parc, occasionnel
1981 Mercantour a couru l’année de création, terminé
1983 Vosges du Sud un lâcher réel dévoilé sur le futur parc
1984 Livradois-Forez continue en 1988, concernait aussi « les aigles »
1987 Brière, Brotonne zones voisines des parcs
1987 Marais Poitevin continue en 1988
NSP Landes de Gascogne concerne les écologistes, non les parcs
◄ Source :
Réponses des parcs naturels.

Source :
Dossier de presse.
Date Articles Départements ou régions cités par les journaux
1976 2 Haut-Rhin
1977 2 Haut-Rhin, Dordogne
1978 1 Aude
1979 2 Dordogne
1981 8 Dordogne, Doubs, Hérault, Jura (6 art.), Lot (4 art.)
1982 8 Aisne, Ardèche, Ariège, Aude (2 art.), Aveyron, Côtes du Nord, Drôme, Haute-Garonne, Hérault, Isère, Jura, Haute-Loire, Lot (2 art.), Lozère, Tarn, Vienne, Auvergne, Alpes, Bretagne, Lorraine, Morvan, Suisse
1983 10 Charente-Maritime, Drôme, Haut-Rhin (8 art.), Saône-et-Loire, Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon
1984 3 Ariège, Pyrénées Orientales, Tarn
1985 11 Ardèche, Corrèze, Drôme, Loir-et-Cher (3 art.), Loire, Haute-Loire (2 art.), Loire-Atlantique, Puy de Dôme, Haut-Rhin (3 art.)
1986 3 Jura, Loir-et-Cher, Saône-et-Loire
1981 1 Jura
1988 2 Midi, Rhône-Alpes, Suisse

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Un Commentaire

  1. Régis KRIEG-JACQUIER 2 mars 2017 at 8 h 35 min #

    Bonjour,
    article intéressant, un peu fouillis parfois. Dommage que l’auteur s’enferre à laisser une majuscule au nom spécifique ce qui gâte un peu le sérieux du travail en plus de quelques erreurs de grammaire et de quelques coquilles sur les noms géographiques. On peut regretter aussi l’utilisation du terme « écologiste », non dans les citations, mais dans l’analyse elle-même ; un terme vague, connoté et difficle à distinguer par exemple, d’écologue, d’association de protection de la nature etc.

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