[Interview] Frank Deschandol, photographe nature pro

Afin d’aider les plus jeunes et dans un esprit de partage, nous démarrons une série d’interview d’herpétologues, naturalistes ou photographes. Nous recevons aujourd’hui Frank Deschandol, photographe professionnel. Nous le croisons parfois sur le terrain car il est lui aussi passionné d’herpétologie. Frank prépare des formations dédiées à la photographie de nature et aux techniques de pointe telles que la photographie à haute vitesse, affuts flottants etc.

FD

Bonjour Frank.

Peux tu te présenter et nous expliquer qui tu es ?

Je m’appelle Frank Deschandol et je suis depuis tout jeune passionné par la nature, surtout par les animaux. A un point que je n’imagine pas ma vie sans un contact permanent avec le sauvage et les espaces naturels. Cela fait partie intégrante et de ma personnalité. J’ai débuté la photographie afin de fixer sur la pellicule les beautés de la nature et d’en garder une trace. Lorsque j’étais jeune, je collectionnais les papillons, c’était l’une de mes activités favorites. Mais au fil du temps j’ai changé ma vision des choses, et seuls les animaux, vivants, sauvages, et qui évoluent dans leur milieu naturel m’intéressent. Je suis donc avant tout un passionné de nature devenu photographe et non un photographe faisant de la photo de nature, la différence est importante pour moi.

Peux tu nous détailler ton parcours ?

J’ai en fait étudié le génie énergique mais ce domaine ne me convenant pas, j’ai décidé de tout lâcher du jour au lendemain afin de vivre pleinement ma passion. J’ai donc commencé la photographie vers 1992, à une époque où il fallait encore mettre une pellicule dans son appareil photo ! Les choses étaient alors bien différentes, et il est maintenant difficile pour les nouveaux photographes de s’imaginer les conditions de l’époque. Pourtant ce n’est pas si lointain… Ainsi j’ai assez rapidement trouvé une agence gérant la distribution de mes clichés, mais je me suis rapidement aperçu qu’il n’était pas évident de « faire son trou » dans le milieu. La concurrence était déjà rude. De plus, la production de photographies animalières en Europe étant souvent plus difficile qu’ailleurs (les animaux sont généralement plus farouches), il ne fallait pas se décourager et persister en trouvant des sujets originaux pour se démarquer. Petit à petit j’ai réussi à tisser un réseau de contacts, surtout au niveau local. Et le bouche-à-oreille aidant, je suis parvenu à trouver ma place dans cette activité passionnante, mais ardue. Difficile en effet d’être à la fois à l’extérieur dans un affût et de démarcher pour vendre ses photos !

Stauropus fagi, Bombyx du hêtre

Chenille de Bomby du hêtre (Stauropus fagi)

Que fais-tu aujourd’hui ?

Aujourd’hui je suis photographe autodidacte et également réalisateur. Cela touche donc la photo de nature en globalité afin fournir mon agence, la vente de photos directe aux magazines, la réalisation de livres, la création d’expositions, des travaux de photographie aérienne, la réalisation de documentaires, etc. Comme le travail est intermittent, il faut constamment proposer des choses nouvelles… et avoir des idées originales bien sûr !

Parallèlement à ça, je suis en train de développer un blog afin d’apprendre mes techniques et d’aider les photographes débutants ou confirmés. J’espère ainsi donner un coup de pouce à d’autres, et d’apporter en quelque sorte ma contribution au respect et à la connaissance de la nature via la photographie. J’envisage également de proposer bientôt des stages photo pour ceux qui veulent aller plus loin.

Rainette verte

Rainette en plein saut

Quelle est ta spécialité ?

Bien qu’ayant commencé par la photographie d’oiseaux, j’ai bifurqué ces dernières années sur la photographie de reptiles et d’amphibiens puisque ces animaux me fascinent depuis mon enfance. Je les recherche essentiellement dans toute l’Europe, et je dois dire que c’est mon activité préférée. Je m’intéresse également aux insectes et plus généralement à tous les animaux rares ou spectaculaires. Une autre de mes spécialités est la photographie haute vitesse au flash. C’est-à-dire la photo de rapaces nocturnes ou de chauves-souris en vol par exemple. Depuis plusieurs années, je développe une multitude de techniques spécifiques afin de réaliser des clichés spectaculaires et surprenants de ces animaux.

Nyctalus leisleri, Noctule de Leisler

Noctule de Leisler chassant au-dessus de l’eau

Quel est ton matériel ?

Mon matériel photo est en constante évolution, pour le moment je travaille essentiellement avec un EOS 5D Mark II et un EOS 7D, 6 flashes, un 17-40mm, un 100mm macro, un 300mm et un 500mm. C’est une bonne base et cela suffit pour la plupart de mes sujets de prédilection. Pour le reste, il m’arrive de louer du matériel puisque généralement il s’agit d’une utilisation ponctuelle pour une commande spécifique.

Quels conseils donnerais-tu à un jeune qui veut se lancer ?

Surtout d’être persévérant ! La photographie animalière requiert de la patience et un investissement total, à moins de pratiquer cette activité en dilettante, juste pendant son temps libre le week-end. Mais je conseille aussi de montrer son travail, de comparer ses photos, d’apprendre des autres et surtout d’appliquer ce qu’on apprend… Car c’est uniquement par ce biais que l’on progresse vraiment. En revanche, je déconseille de passer ses journées sur internet et sur des forums de discussion comme certains le font trop souvent… la photo animalière se pratique à l’extérieur, pas devant un ordinateur !

Ndlr : Frank proposera très bientôt des formations  vidéos dédiées à la photographie animalière sur son site : Formation photo

Myotis emarginatus, Murin à oreilles échancrées

Myotis en vol

Quelle est ta position en terme de pratique de la photo ? (éthique etc..)

En terme d’éthique vis-à-vis de la nature, je serai intransigeant. Aucune photo ne vaut la perte d’une nichée, ou la destruction d’espèces rares (ou non d’ailleurs). Aucune photo ne vaut le dérangement incessant d’un animal. A l’inverse, il ne faut pas non plus tomber dans l’excès. Par exemple je ne suis absolument pas opposé à la photo d’oiseaux au nid dans certains cas, mais bien sûr il ne faut pas faire n’importe quoi ! On doit tout d’abord respecter la législation et si on n’a pas du tout d’expérience, il faut demander conseil à quelqu’un de plus chevronné, quelqu’un qui a fait ses preuves et qui saura orienter au mieux le novice.

Pour le reste, ma vision de la photo animalière est de réaliser des clichés en plein cœur de la nature, de préférence en solitaire, car c’est de cette manière que l’on peut vraiment vibrer et avoir des émotions incroyables. Je ne suis pas du tout accroc aux safaris photo, pas plus qu’aux « affûts payants » qui se développent de plus en plus ces derniers temps. Certes, cela permet de canaliser des photographes voulant obtenir de bonnes photos rapidement et sans trop d’efforts, mais ce n’est juste pas ma manière d’appréhender cette activité. Car pour moi l’originalité prime avant tout et avoir à peu près la même photo que le voisin n’est pas très motivant dans son travail et sa démarche personnelle. Ceci dit, chacun trouve son bonheur là où il veut !

Et l’herpétologie alors ?

L’herpétologie est ma plus grande passion et donc l’activité dans laquelle je m’investis le plus. Je pense avoir besoin d’un réel contact physique avec les animaux, ce qui est plus difficile avec les oiseaux ou les mammifères. Les serpents notamment, m’ont toujours fasciné, je ne saurais dire exactement pourquoi, mais j’écoute toujours mon instinct et me laisse guider au gré de mes envies, donc je ne me pose plus la question ! Le fait de partir à la recherche de ces animaux à travers le monde est une vraie source de plaisir pour moi et cela me permet de conjuguer en même temps mon amour pour les voyages, la découverte de nouvelles contrées. C’est vraiment mon moteur vital !

Vipera berus, Vipère péliade

Vipère péliade en thermorégulation

Retrouvez les photos de Frank sur son site Europ Nature et ses formations sur http://www.technique-photo-nature.com/

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Un Commentaire

  1. Photographe Michel 26 avril 2013 at 23 h 47 min #

    Wow! Cela doit demander beaucoup de patience pour photographier certaines prises comme la chauve-souris. Il est vrai qu’il n’existe aucune limite de temps lorsque nous avons la passion. Magnifiques photographies, félicitation

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